Conduire au Japon, pas seulement un débat gauche/droite

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Voilà désormais plus d’un an que je parcours l’asphalte japonaises après avoir fait mes classes en France. Alors, c’est comment de conduire à gauche ?

conduite au JaponMaintenant que je suis habitué à me déplacer sur les routes de l’île de Kyūshū après avoir enfilé les kilomètres à bord de mon bolide, une Suzuki Stingray (boîte automatique), il me semblait intéressant de partager mes impressions. En effet, la question du « c’est comment de conduire avec le volant à droite, pas trop dur ? » me revenant régulièrement de la part de français comme de japonais, je voulais, en plus de répondre à cette interrogation, en profiter pour énumérer toutes les petites et grosses différences relevées ici ou là, même si elles sont parfois insignifiantes ou ne découlent pas toujours d’une vérité absolue. Je n’ai d’ailleurs jamais conduit au cœur de Tokyo, ce qui peut laisser apparaître quelques changements du même ordre que de conduire à Paris lorsqu’on est provincial.

Pour les démarches à accomplir et avoir le droit de circuler au Japon, vous pouvez les retrouver sur le site de l’ambassade française du Japon, que vous soyez résident ou seulement de passage pour un court séjour. Sachez juste que si vous êtes titulaire d’un permis français, vous n’aurez pas à passer un nouvel examen pour obtenir le permis japonais grâce à des accords passés entre les deux pays. Vous devrez seulement vous acquitter d’un test oculaire (très simple) en plus des formalités administratives. Une fois le sésame obtenu, vous serez considéré pendant un an comme jeune conducteur, comme tout citoyen venant d’obtenir le précieux sésame.

Montez à bord !

conduite au JaponPour répondre à la première question qui semble titiller tout le monde: non ça ne perturbe pas vraiment de conduire en se plaçant à droite dans la voiture et en circulant sur la file de gauche. On s’y fait très vite, même au gabarit de la voiture forcément plus large sur la gauche. On s’adapte au bout de 5 minutes car on suit le rythme des voitures alentours. J’avoue tout de même m’être trompé 3 fois en un an et avoir emprunté la file de droite mais toujours dans les mêmes circonstances, à savoir une grosse fatigue (oui, pas bien !) et aucune autre voiture sur la route lorsque je tournais à une intersection. Autant dire qu’avec un petit peu d’attention, le risque est tout de même minime. Vous voilà rassuré ?

En fait la plus grosse difficulté immédiate est l’inversion des commandes au volant, à savoir l’inversion des clignotants/feux et des essuie-glace. Si on est concentré, c’est une habitude qui s’acquiert assez rapidement, même s’il m’arrive encore aujourd’hui d’enclencher l’essuie-glace quand je veux tourner un peu dans l’urgence, ou lorsque je conduis avec le cerveau en mode automatique. Les manies ont la vie dure. Mais là encore, les erreurs sont très peu fréquentes tout de même (une fois tous les deux mois ?).

conduite au JaponJe ne peux pas en dire autant pour la boîte de vitesse. Si ma voiture est à boîte automatique, il m’est arrivé de devoir conduire une manuelle. Et là ça ne plaisante pas. D’une : la position des vitesses s’en retrouve « inversée » par rapport à notre cerveau (elles sont à la même place, mais du côté gauche). De deux : je suis droitier et donc beaucoup moins prompt à utiliser ma main gauche pour des tâches non habituelles. Je ne doute pas que ce désagrément disparait avec la pratique, mais pour un test immédiat, il m’a fallu pas mal de concentration pour éviter de caler ou d’être en surrégime, et surtout pour ne pas regarder le levier de vitesse plutôt que devant moi. Mais les boîtes automatiques au Japon étant présentes en grande majorité (ce qui n’est pas encore le cas en France), le problème est facilement contournable. Autre différence notable entre les deux technologies, il faut appuyer sur l’embrayage lors du démarrage avec la clé (ou le bouton « Start ») pour une boîte manuelle, et sur le frein pour une boîte auto.

Pour en terminer sur l’état général des voitures, sachez qu’au Japon le véhicule est considéré comme une extension de la maison alors qu’en France j’ai l’impression qu’il est uniquement considéré comme un moyen de circuler. Dans les faits cela se traduit par un état impeccable des voitures, aucune « épave » dont on se demande comment elles peuvent passer le contrôle technique, et une propreté assez bluffante dans l’ensemble avec une majorité de voitures blanches ou gris métal, les couleurs les moins salissantes. Cela se ressent notamment pour les piétons bien moins dérangés par les odeurs d’échappement. Le fait que les hybrides soient populaires joue également dans ce constat. Attention tout de même quand vous partez en balade à pied dans les petites ruelles tortueuses, les hybrides étant très silencieuses. Surtout si vous partez avec les écouteurs dans les oreilles.

conduite au Japon

À gauche le macaron « jeune conducteur », à droite celui pour les plus anciens.

Vous trouverez aussi régulièrement un macaron signalant les conducteurs de moins d’un an (que j’ai abandonné il y a peu donc), et un autre apposé par les automobilistes de plus de 70 ans sur le devant et l’arrière de la carriolle. C’est juste pour la forme, même si obligatoire, car on ne subit aucune restriction par rapport aux autres chauffeurs. La vitesse n’est pas bridée comme c’est le cas en France sur autoroute par exemple. Vous pouvez vous procurer ces macarons dans n’importe quel 100¥ Shop.

Quand j’étais sur la route…

conduite au JaponPour les autres divergences, elles se trouvent en dehors de l’habitacle, avec en premier lieu la largeur des routes. Le Japon est un pays essentiellement montagneux, étriqué, où la place est une donnée importante. Les routes sont donc assez étroites, parfois à la limite surtout quand on est à bord d’un véhicule imposant (d’où l’abondance de petits modèles comme ma Suzuki). Pour gagner de la place, les « trottoirs » sont bien souvent uniquement représentés par des lignes blanches ce qui permet aux voitures de déborder lors d’un croisement avec un autre usager. Attention aux bipèdes donc. Les grands axes constitués de deux voies uniquement sont les plus courants. Les autoroutes à 3 voies sont en très grande minorité, et vous aurez rarement de grandes lignes droites, plutôt des balancements de gauche à droite pour slalomer entre les montagnes. Ça expliquerait que la vitesse est réduite par rapport aux normes françaises. Comptez 50km/h maximum sur les « nationales » ou sur les grands axes, 80 sur autoroute, 40 en ville et 30 dans les zones habitées où les piétons sont fréquents. La police tolère un dépassement de 10km/h quelque soit le type de route avant de vous verbaliser (ils ne se gênent pas non plus pour profiter de ce « bonus »). Vous pouvez doubler par la gauche ou par la droite, ce qui peut être piégeux et dangereux quand on n’a pas l’habitude de surveiller sa gauche. Dans les règles de vitesse, c’est comme en France, toujours en inversé, avec la voie de droite plutôt pour les véhicules rapides, et la voie de gauche pour les véhicules lents et pour circuler « normalement ».

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Vous distinguez le tout petit feu rouge au fond? C’est celui qu’il faut respecter dans le cas présent

L’architecture en toile d’araignée des villes fait qu’il existe un nombre faramineux de carrefours plus ou moins grands (pas de ronds-points au Japon), et donc de feux de signalisation. Sachant que ces feux n’ont pas du tout l’air synchronisés les uns par rapport aux autres, on se retrouve à enchainer les arrêts. Pour vous donner un exemple, j’emprunte un grand axe sur 2,5km pour aller au travail. Sur cette distance, je subis pas moins de 10 feux, avec au minimum 4 feux au rouge quand j’ai beaucoup, beaucoup de chance. Il en résulte une conduite hachée, et un temps assez conséquent pour aller d’un point A à un point B. Comptez 30 minutes pour parcourir 10km en ville. Ces feux sont d’ailleurs placés assez loin par rapport à l’endroit où l’on doit s’arrêter, occasionnellement TRÈS loin, et en hauteur de l’autre côté du carrefour. Pas pratique pour la visibilité dès lors que vous vous trouvez derrière un camion, ils sont souvent doublés sur la voie à contresens pour garder une visibilité satisfaisante. Ils reprennent à peu près le même système que chez nous avec les flèches pour les automobilistes autorisés à passer, à tourner… Il existe quelques feux « spéciaux » comme les feux clignotants rouges (qui font office de Stop) et oranges (pour indiquer un danger et qu’il faut donc ralentir). Sur les routes moins fréquentées, vous aurez aussi des Stops comme chez nous (とまれ ou トマレ ou 止まれ écrit sur la route en plus d’un panneau). Sachez également qu’il n’y a pas de priorité à droite, c’est selon le cas. À vous de vous adapter, et surtout de rester vigilent, chaque conducteur suivant sa propre logique.

conduire au JaponLes lignes de chemins de fer étant omniprésentes, sachez qu’elles agissent comme un Stop. Il faut s’arrêter quelques secondes avant de traverser, s’assurer que la signalisation lumineuse et sonore ne se déclenche pas, et que la barrière ne s’abaisse pas lors de votre passage (question de bon sens, je sais).

Lors de vos déplacements, vous serez gré de voir que les GPS sont pratiquement de série maintenant. En effet les rues n’ayant pas de nom (contrairement aux gros carrefours) il n’est pas facile de se repérer. Les routes ont par contre un système de numéros comme en France. Pour ceux qui ne lisent pas le japonais, vous pourrez tout de même suivre la route facilement sur le navigateur de bord, avec en plus une fonction de recherche par numéro de téléphone. Les panneaux de direction sur la route sont tous écrit en Kanjis ET en lettre romaines, donc là encore pensez à lever la tête pour vous diriger.

Enfin, dernier point important mais pas des moindres. Comme je l’expliquais précédemment, la place étant un luxe au Japon, la plupart des parkings seront payants avec des prix très variables (100¥/heure pour vous donner un ordre d’idée très approximatif), des prix avantageux pour la journée… Pensez-y pour votre budget, ou préférez carrément les transports en commun quand c’est possible. Cela revient parfois/souvent moins cher si vous vous déplacez seul.

Je vous demande de vous arrêter !

conduite au JaponEn marge du code de la route, les japonais ont parfois un comportement pour le moins suspect, pour rester poli. Même s’il s’agit surtout d’une appréciation de ma part et que tous les conducteurs n’ont pas les mêmes agissements, je subis quelques travers vraiment trop fréquemment pour ne pas les passer sous silence. Et concernant les points suivants, le code de la route japonais ne diffère pas du français (confirmé par plusieurs personnes dans mon entourage).

Comme dit précédemment, les limites de vitesse sont plutôt basses. Les automobilistes semblent frustrés de ce fait, et n’hésitent donc pas à franchir cette limite. C’est surtout vrai sur autoroute, avec peut-être 60% des usagers qui roule au-dessus de la limite des 90km/h en comptant la tolérance accordée. Ce n’est pas vraiment possible en ville vu qu’on est tout le temps interrompu par les feux de signalisation envahissants. Tellement envahissants que chaque feu ou presque passant au rouge est grillé par une voiture qui préfère ignorer le feu orange bien en amont, en se disant surement que « ça passe ». Attention lorsque vous tournez donc.

Mais le plus insupportable est tout ce qui concerne le clignotant. Si les usagers vont l’utiliser pour dépasser sur autoroute (de temps en temps), ils ne le mettront jamais pour un changement de voie en ville ou ailleurs. Pour tourner à un carrefour, ils l’enclencheront au tout dernier moment, c’est-à-dire quand ils auront entamé le virage. Il ne s’agirait que de cas isolés, je ne relèverais pas. Mais c’est vraiment systématique, ça en devient exaspérant quand on commence à se fixer dessus. Rien que d’y penser, je m’énerve derrière mon clavier ( è_é*)

Enfin, si vous pouvez toujours remercier d’un signe de tête ou de main lorsqu’on vous laisse passer, il est de coutume (assez récente d’après mon entourage) d’enclencher les warnings pendant 3-4 secondes pour gratifier la voiture de derrière qui vous aura laissé la priorité au sortir d’un parking ou d’une pompe à essence.

conduite au JaponVoilà en gros pour les changements que vous pourrez rencontrer en cas de conduite sur l’archipel. Après quelques instants de familiarisation, vous pourrez facilement rouler en toute décontraction au Japon, comme si vous aviez toujours conduit ici. Les codes de la route étant tout à fait similaires, on comprend mieux pourquoi il est si simple d’obtenir un permis nippon. Bonne route ♪ .
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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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