Le Conte de la Princesse Kaguya

0
Pocket

8 Excellent

Le Conte de la Princesse Kaguya pourrait révolutionner le cinéma d’animation. D’une beauté à couper le souffle grace à une réalisation audacieuse, ce (très) long-métrage conviendra à toute la famille grâce à son histoire simple en bon enfant.

  • Note des Utilisateurs (2 Votes) 9.9

Le Conte de la Princesse Kaguya nous propose une sortie hautement culturelle en famille, non pas au musée mais au cinéma. De quoi être intrigué.

Il était une fois…

Kaguya 5Nouvelle œuvre des Studios Ghibli, Le Conte de la Princesse Kaguya est un film d’animation tiré du célèbre conte « Le Coupeur de Bambous » datant approximativement du Xe Siècle. Réalisé par TAKAHATA Isao à qui l’on doit les fameux Pompoko, Mes Voisins les Yamada, Gonshu le Violoncelliste et surtout Le Tombeau des Lucioles, le dernier né du co-fondateur de la firme japonaise devrait à son tour s’inscrire dans les mémoires.

Kaguya-Hime no Monogatari (かぐや姫の物語, le titre original) nous peint l’histoire d’un coupeur de bambous qui découvre lors de son travail un bébé dans une pousse de bambou luminescente. Sans enfant, il y voit comme un signe du destin et s’évertue à élever avec sa femme cette enfant comme sa propre fille. Mais celle-ci se développe bien plus rapidement que la normale, et atteint son âge adulte en seulement quelques mois. Le père, se voyant offrir de l’or et des tissus couteux toujours par l’intermédiaire des pousses de bambous qu’il coupe, prend conscience que sa petite Takenoko (« pousse de bambou » en traduction littérale) doit atteindre le rang de princesse, et trouver un mari convenable. La famille part donc à la capitale en abandonnant maison et amis pour changer de vie. L’argent à foison, ainsi que la beauté surnaturelle de la demoiselle ne manquent pas d’attirer rapidement de riches et puissants courtisans. Mais Takenoko ne l’entend pas ainsi, et charge ses 5 prétendants principaux de tâches impossibles à réaliser. Le premier qui y parviendra aura droit à ses faveurs… Je m’arrête là pour ne pas vous gâcher la découverte si vous n’avez pas lu le conte original. Même si le film comporte quelques divergences avec lui, les grandes lignes sont respectées, peut-être un peu édulcorées pour qu’il convienne davantage aux enfants.

Bande-annonce du Conte de la Princesse Kaguya

Une belle histoire qui fait son âge

Kaguya 6Quand j’évoquais la sortie culturelle, c’était tout d’abord concernant l’histoire. S’il prend son contexte vers la fin du IXe – début Xe siècle, Le Coupeur de Bambous écrit par MURASAKI Shikibu, est avant tout considéré comme le texte narratif japonais le plus ancien que l’on connaisse. Il a comme toujours dans des fables aussi anciennes connu quelques versions différentes (et donc une de plus avec ce film), mais il reste une source d’inspiration pour bon nombre d’artistes de la peinture (l’emaki de OUMI Kose) au cinéma, en passant par les mangas ou mêmes les jeux vidéos. Une œuvre fondatrice, mais aussi un témoignage de la vie courante au Japon de l’époque Heian (on est plus habitués à l’Ère Edo, même si les différences ne sautent pas forcément aux yeux). C’est d’ailleurs son petit point faible puisque l’histoire en elle-même fait un peu « vieillotte », sans vraiment de coups de folie scénaristiques ou de surprises narratives. J’ai eu la même impression que le Bouddha de TEZUKA Osamu, avec parfois quelques longueurs, surtout que le film s’étire sur 2h17. Ça reste tout de même un joli conte, à mettre en rapport avec le contexte de conservation historique voulue par TAKAHATA. Et puis HISAISHI Joe qui est à la baguette (une première pour un film de TAKAHATA) pour l’orchestration a composé des musiques tout en légèreté et instrumentalisées en circonstance pour appuyer cette identité millénaire. De quoi vivre un beau voyage.

Une beauté parfaite

Kaguya 3Mais l’intérêt historique, bien réel, n’est pas le point fort du Conte de la Princesse Kaguya. Non, sa force, et ce qui devrait en faire un nouvel incontournable signé Ghibli, est sa réalisation tout simplement folle. Follement géniale. Follement osée. Follement belle. Comme la plupart du temps, le film est réalisé à l’ancienne avec la technique du celluloïd (des décors peints, sur lesquels on pose des feuilles transparentes avec seulement les personnages, ce qui évite de devoir tout redessiner à chaque planche – vous pouvez voir la mise en œuvre de cette technique au Musée Ghibli – ). Mais là où il se distingue des autres, c’est dans la technique utilisée pour les dessins et les matériaux choisis pour les réaliser. Car absolument TOUT est créé au crayon, au fusain, à la pastelle, et à l’aquarelle pour la mise en couleur. Et le fait de garder les contours grossiers, les mises en couleur pas terminées, les approximations dans certains traits, donnent de véritables tableaux d’art animés. Si je pensais avoir vu un semblant de musée vivant dans le jeu Muramasa Rebirth, Ghibli a poussé le concept encore plus loin. TAKAHATA avait déjà utilisé ce procédé dans Mes Voisins les Yamada, mais il a cette fois poussé la chose à son paroxysme.

Des ébauches maitrisées et étonnantes, pour ce qui pourrait être le plus beau dessin animé jamais créé. Chaque planche est une toile qui mériterait d’être encadrée et exposée, même si le rendu est encore plus bluffant en mouvement. Dans les décors et les personnages, le côté « estampe japonaise » est très prononcé, comme un hommage à tout cet art typiquement japonais complètement ancré dans la mémoire culturelle du pays. S’il n’y a pas de coup de folie narrative, il en est d’ailleurs tout autre graphiquement avec parfois des effets stylistiques très épurés ou gribouillés dont je ne me remettrai jamais. Une perfection.

Jamais le Japon des temps anciens n’aura été aussi beau et aussi envoutant. Porté par une chronique ancestrale, Le Conte de la Princesse Kaguya est à ne pas manquer. Quelque soit votre âge, vous serez émerveillé comme rarement au cinéma.

Kaguya 4

Partager.

À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

Laisser un message