Le Gōkon, le speed-dating japonais

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Il y a quelques temps j’ai eu la chance de participer à un Gōkon au Japon. Une expérience enrichissante que je vais tenter de vous faire partager.

Un Gō-quoi ?

gokonLes Gōkons sont des fêtes où les participants sont tous célibataires (ou des gros gourmands) et en recherche d’un/une partenaire amoureux. Il est en général organisé par 2 participants, avec une femme qui invite ses copines célibataires, et un homme qui fait de même avec ses camarades masculins. En résulte un grand repas qui se tient la plupart du temps dans un restaurant ou un Izakaya (restaurant dans lequel on privilégie la boisson, accompagnée de snacks plus que de « vraie » nourriture). Le mot « Gōkon » (合コン) est formé des mots « Kompa » (コンパ, fête entre personnes d’un même groupe, d’une même classe, d’un même club…) et « Gōdō » (合同, réunion).

Pour ma part, l’organisation a été légèrement différente puisqu’elle réunissait des membres d’un forum internet dont le thème principal est la mer, et dont tous les participants sont des amoureux de plongée sous-marine, de surf, de bateaux, de pêche, de natation… Un peu étranger à cet univers hormis deux-trois vacances passées du côté de La Rochelle à dorer sur la plage, j’ai été convié par une amie à ce truc qui m’a toujours interpellé dans les dramas et mangas. Elle a au préalable demandé aux participants si cela ne les dérangeait pas de voir l’intrusion d’un étranger à leur groupe virtuel, en me faisant tout de même passer pour un grand amateur de la faune sous-marine (j’aime bien les animaux, donc ça passe comme petit mensonge :-p). Je vais donc vous décrire dans cet article le déroulement de la soirée. Ce n’est pas forcément toujours de la même façon que cela se passe, mais vous aurez un aperçu du Speed-Dating à la japonaise.

Hajimemashite, watashi ha Rin desu.

gokonPour ce Gōkon, je me rends avec mon amie dans un restaurant de Shinjuku, au 7ème étage d’un building près de la gare, un lieu facilement accessible pour tous. À l’arrivée, on nous dirige vers une arrière-salle privée avec obligation de montrer sa carte d’identité/passeport et de payer les ¥5,000 (environ 45€) du repas à l’avance. Les modalités d’entrée effectuées, un seul homme est déjà installé à la tablée de 12 couverts. Cette table est tout en longueur avec un côté désigné pour les filles, sur la banquette, et un côté en face pour les garçons, sur des sièges. Je comprendrai plus tard que ça n’est pas anodin. Je m’assoie donc à la droite de l’homme présent et le sens assez peu à l’aise en ma présence. J’essaye un peu d’engager la conversation avec mon japonais hésitant, et…. ne comprends absolument rien de ce qu’il me répond de sa voix à peine audible (il semble vraiment tendu, peut-être pas habitué à parler avec des gaijins). Il y a aussi le fait qu’il est du Kansai, et parle donc un japonais assez peu naturel et avec un accent très (trop) prononcé pour moi qui ne connais que celui des Tokyoïtes. Nous avons 20 minutes d’avance, il faut donc se lancer dans la conversation en attendant que les autres arrivent. Heureusement que mon amie est là, même si je me dis à ce moment-là que ça part plutôt moyen niveau ambiance…

« les échanges se font naturellement, comme si on se connaissait déjà »

Les autres participants se décident enfin à arriver, des hommes, des femmes, tout ce petit monde ayant entre 20 et 40 ans semble-t-il (je suis très mauvais pour juger l’âge des gens). Les demoiselles s’assoient sur la banquette en face de moi, les hommes sur les sièges. Nous commençons à discuter tous ensemble en attendant les retardataires et le début du repas. D’ordinaire je ne suis pas des plus à l’aise en compagnie d’inconnus, mais les échanges se font naturellement, comme si on se connaissait déjà depuis un moment. Bien sûr avec la longueur de la table, les conversations ne se font que par groupe de 6 en général, avec donc 2 petits groupes qui se forment au gré des questions personnelles et des présentations générales (ils font partie du même forum mais se connaissent peu ou pas du tout). Il y a des milliards de sujets de conversations que l’on peu aborder sans pour autant paraître un peu trop intrusif, et les japonais sont naturellement doués pour trouver des sujet de discussion. Mais leur passion pour la mer fait que les sujets convergent très vite au milieu de l’océan, même si mon côté « français » attire pas mal la curiosité au départ.

On cause, on boit, on mange, on boit, on rigole, on boit…

gokonPendant que nous discutons, nous avons tous accès à un menu électronique pour commander boissons et nourriture à volonté, même si le plat principal (un nabe, avec donc marmite sur la table et cuisson gérée par les convives eux-mêmes, très sympa et super bon au passage) est déjà décidé. Moi qui ne suis pas du tout amateur d’alcool, je me contente de jus de fruits toute la soirée, au contraire de mon voisin de droite qui est déjà rond dès sa deuxième bière. Autant dire qu’il met de l’ambiance de par sa lourdeur avec les dames (les blagues pas drôles, les discussions sans queue ni tête, les coupures de paroles intempestives), et avec moi qui suis devenu son meilleur ami (sans que je sois au courant, et encore moins d’accord). Bref. Heureusement que les autres savent se tenir.

« le serveur fait sonner une clochette. […] comme par magie, voilà de nouveaux groupes qui se forment, avec de nouveau présentations, de nouvelles discussions qui s’enchainent »

Au bout d’une demi-heure environ de bonne ambiance, le serveur fait sonner une clochette. Cela signifie en fait que chaque homme doit se décaler de deux rangs vers la droite en emportant son verre et son assiette. Les femmes ne bougent pas de leur banquette (d’où le choix des sièges et donc la facilité pour changer de place rapidement pour les hommes). Et comme par magie, voilà de nouveaux groupes qui se forment, avec de nouveau présentations, de nouvelles discussions qui s’enchainent, la nourriture et les boissons continuant à affluer. Malheureusement pour moi, je suis toujours avec « mon meilleur copain » de moins en moins intelligible. Le Kansai-man s’est lui pas mal déridé à l’arrivée des autres personnes, on peut parler à peu près, même si je ne comprends toujours pas grand-chose à ce qu’il me raconte. En changeant de place, mon amie (et mon soutien) s’étant éloignée, je me retrouve un peu comme l’oisillon balancé de son nid. Mon japonais est bien éprouvé dans cette soirée, avec mon cerveau qui se met même en veille pendant un quart d’heure histoire de reprendre des forces ^^ ! . Une demi-heure plus tard environ (je n’avais pas trop conscience du temps qui s’écoulait, un bon point), Le repas s’interrompt une nouvelle fois pour que tout le monde se décale à nouveau. Je me retrouve en bout de table, ayant finalement perdu mon compagnon de beuverie sur ma droite.

Ce n’est qu’un « au revoir »

gokon30 nouvelles minutes en compagnie de mon 3ème groupe de la soirée plus tard, le serveur vient de nouveau nous couper alors que nous avons terminé notre festin. Il nous apprend alors que la soirée est terminée, et qu’il faut maintenant vider les lieux. La fin me parait assez brutale, j’en suis presque décontenancé. Je suis aussi complètement lessivé d’avoir dû me concentrer autant de temps sur des discussions que je ne comprenais pas complètement. Mon amie et moi quittons la salle en derniers, non sans que le serveur me demande de poser pour une photo dans son restaurant. S’il devait avoir l’habitude d’organiser des Gōkons, le fait qu’un étranger y participe devait être bien plus insolite. En sortant du bâtiment, tout le monde est encore sous le hall, à l’abri de la pluie diluvienne à s’échanger les cartes de visite. La petite jeune « kawaii » de la soirée plait apparemment beaucoup vu le troupeau de mâles qui l’entourent. Pour ma part, malgré la soirée qui s’est très bien passée, je ne pas ressens aucune quelconque envie de continuer l’aventure avec l’une d’elles. Je garde ma rose pour quelqu’un d’autre.

En tout cas, si l’expérience a été très fatigante mentalement (c’est en grande partie dû à mon niveau de japonais, difficile de se concentrer quand tout le monde parle en même temps), elle m’a permis de voir de l’intérieur ce qu’était un Gōkon. J’ai surtout passé une soirée très plaisante en compagnie de personnes que le hasard aura mises sur ma route. Si l’on vous invite à ce genre de fête, n’hésitez pas un instant !

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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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