Saint Seiya, Legend of Sanctuary

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1 Fuyez!

Catastrophique. C'est le premier mot qui m'est venu en tête en sortant de la salle. Malgré ses beaux apparats, Saint Seiya Legend of Sanctuary est un incroyable raté sur (presque) tous les plans. Insultant pour les fans, indigeste pour les néophytes, ce "film" est une véritable torture. Ou comment renverser un culte de 30 ans en seulement 1h30.

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Ceux qui comme moi ont la trentaine, ont été élevés au Club Dorothée et sa mine d’importations d’animes japonais connaissent et adorent forcément Saint Seiya et sa pléiade de chevaliers aux armures hyper classes. Alors quand un film à gros budget reprenant l’univers des Chevaliers du Zodiaque débarque, on se prend à rêver. Le temps de voir le film, et de pleurer…

Un mythe intemporel

Saint SeiyaPour les plus jeunes nourris aux biberons Pokémon ou Beyblade, Saint Seiya (renommé chez nous « Les Chevaliers du Zodiaque ») ne représente pas forcément la même chose du point de vue affectif. Il est pourtant impensable que quelqu’un soit passé à côté de ce phénomène, entre les trentenaires qui cultivaient leur Cosmo-énergie le mercredi matin en regardant le petit écran, leurs parents qui devaient leur acheter les figurines Bandai, et les plus jeunes qui découvrent la série avec les suites officielles ou officieuses Épisode G, Lost Canvas, Omega et Next Dimension. Aussi culte que Dragon Ball, du haut de ses 30 ans d’existence, le manga de KURUMADA Masami continue de fasciner. C’est donc avec excitation que j’attendais la venue de Saint Seiya Legend of Sanctuary dans nos salles de cinéma, après avoir savouré le « revival » Captain Harlock.

On reprend les bases, …

Saint SeiyaCe nouveau film se promettait de reprendre les bases du manga originel tout en le modernisant à travers un film en images de synthèse. On retrouve de ce fait toute la première partie dédiée à la bataille du sanctuaire, avec le même plot de départ. KIDO Mitsumasa trouve lors d’une expédition dans l’Himalaya un petit bébé nommé Saori dans les bras d’Aiolos, un chevalier en armure d’or. Le chevalier du Sagittaire mourant, abattu lors d’une rude bataille contre Saga le chevalier des Gémeaux (lui aussi laissé pour mort) confie à KIDO que le bébé en question n’est autre que la réincarnation de la Déesse Athéna. KIDO se voit confier par Aiolos la mission de cacher Saori jusqu’à ses 16 ans, et de chercher à travers le monde les futurs chevaliers de bronze qui lui serviront de gardiens. Lorsque celle-ci atteint ses 16 printemps, son père adoptif est déjà décédé mais a laissé des instructions pour lui révéler sa véritable nature.

Alors qu’elle ne comprend pas vraiment sa situation, elle est attaquée par un groupe d’hommes en armures, mais sauvée in extremis par Seiya (chevalier de Pégase), Shiryu (Dragon), Shun (Andromède), Hyoga (Cygne) et plus tard Ikki (Phœnix) revêtus de leur fraichement acquise armure de bronze. Le groupe d’assaillants a été envoyé par le Grand Pope, qui dirige la caste des chevaliers (dont les plus puissants, les chevaliers d’or), et qui voit en Saori une usurpatrice. La nouvelle Athéna décide de rétablir la vérité, et de démasquer ce Grand Pope en se rendant au Sanctuaire.

On fait un joli paquet cadeau, …

Et tout ça dans un film d’1h30. Hein, 1h30? La suspicion a commencé à poindre, malgré les belles images entrevue lors du premier trailer. Car comment condenser 13 mangas plutôt touffus en si peu de temps ? Et bien tout simplement en y allant à coup de « Pegasus Ryuusei Ken », de « Diamond Dust » et « Rozan Hi Ryuu Shou » pour mettre en pièces un scénario d’une grande richesse, et en y allant de bon cœur dans les raccourcis, les non-sens, les coupes incompréhensibles, les transformations irrespectueuses. Ils ont quand même pris la peine de cacher la misère en soignant énormément l’esthétique.

Malgré mon attachement à la série de base, je ne voyais pas comme un mauvais point le virage cosmétique entrepris pour ce nouveau film. J’étais même sous le charme des décors très Space Opéra de l’univers et du Sanctuaire (qui fait pour le coup TRÈS Final Fantasy), et le « redesign » complet des armures (avec tout de même un  côté « Tron » qui ne plaira pas à tout le monde) m’avait convaincu malgré l’éloignement de certaines envers leur constellation (surtout les armures de bronze dont on ne reconnait pas forcément à quelle étoile elles sont supposées être liées). Cela mêlé aux pouvoirs originels mis en scène par des effets de haute qualité donnait au tout un cachet artistique certain, et une véritable nouvelle identité visuelle.

Ne voyez donc pas dans mon avis celui d’un « vieux con » conservateur qui sort à tout bout de champs un « c’était mieux avant ». Je ne vois pas comme une trahison le fait que Milo le Chevalier d’Or du Scorpion soit devenu une femme par exemple. Malheureusement. Car si le renouveau graphique est assez probant et intéressant, le reste est un véritable désastre, du point de vue des fans, comme de celui des néophytes.

Et on casse tout.

Quand on évoque Saint Seiya, on a affaire à du lourd, du très lourd. Que ce soit des personnages charismatiques à souhait, un scénario ambitieux, des moments de bravoure par centaines, des combats à la tension palpable et une bande-son au diapason pour accompagner le tout, il y a de quoi faire. Mais pour ce « presque-remake », le ménage a été fait pour ne garder que l’aura de quelques chevaliers intacte (au moins visuellement) et deux-trois effets pyrotechniques magnifiques. Pour le reste, vous aurez beau vous éveiller à votre 7ème sens, vous vous rendrez compte qu’il n’en reste rien. Mais vraiment rien.

Des personnages à fort potentiel (Shaka le Chevalier d’Or de la Vierge qui passe inaperçu, Death Mask le Chevalier d’Or du Cancer qui est transformé en bouffon pour accoucher de la scène la plus lamentable de la mythologie Saint Seiya, Saga qui est la réincarnation de Jenova, un des vilains du jeu vidéo Final Fantasy VII) sont passés à la déchiqueteuse, les 5 Chevaliers de Bronze s’ils restent les héros ne servent au final pas à grand-chose d’autre que de prétexte pour des combats sans liant dans leur mise en scène, sans éclat hormis le fait de balancer des attaques jolies mais inefficaces pour la plupart (c’est aussi le cas pour les Chevaliers d’Or notez bien), perdant toute forme de personnalité. Le final est un grand n’importe quoi, et est tout sauf marquant. C’est sûr, le film est rythmé, mais on s’approche plus d’un Best Of des meilleures actions d’un match de boxe que d’un film. Je passerai sous silence l’humour totalement à côté de la plaque.

La faute à des choix douteux pour essayer tout de même de coller à l’original. Il était impossible de tout faire tenir en si peu de temps. Mais au lieu de s’éloigner autant scénaristiquement qu’ils l’ont fait visuellement, ils ont préféré suivre la même histoire en faisant des concessions totalement grotesques. On se perd lors des enchainements des scènes trop abruptes, on met à la trappe des tas d’explications, on compresse les combats (trop nombreux) pour les rendre plats et globalement tous pareils. Je connais par cœur l’histoire donc j’ai tout de même pu suivre sans peine. Mais je m’imagine dans la tête d’une personne qui découvre Saint Seiya par ce film, le pauvre ne doit absolument rien comprendre.

Le massacre ne s’arrête pas là puisqu’ils ont osé toucher à la bande-son d’origine (comme quoi ils font tout à l’envers). De base, Saint Seiya possède l’une des signatures musicales des plus remarquables qui soit. Des symphonies dignes des plus grands orchestres, des chants lyriques interprétés par des sirènes, le générique « Pegasus Fantasy » cultissime… Tout ça, à la poubelle. C’est tellement mieux de nous servir une soupe qu’on a déjà oubliée dès la scène suivante, et de nous faire subir un ending theme fade en anglais (pourtant composé par Yoshiki du groupe X Japan) fort peu à propos, sans oublier la fameuse scène « comédie musicale » de la honte.

Saint SeiyaSaint Seiya Legend of Sanctuary est un modèle dans ce qu’il se fait de pire dans les adaptations. Ni respectueux de l’œuvre de Kurumada (c’est pourtant être un cadeau d’anniversaire pour fêter ses 40 ans de carrière), ni assez courageux pour s’en éloigner vraiment, ce film ne sait jamais sur quel pied danser. Cela donne un résultat tout à fait indigeste. Le seul mérite qu’on peut lui accorder est de nous donner envier de replonger une énième fois dans les mangas et animes originaux, dans l’espoir d’oublier cette infamie.

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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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