Soredemo Boku wa Yattenai, le combat d’un homme contre le système judiciaire japonais

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Sous forme de réelle mise en garde, Soredemo Boku wa Yattenai est une vraie mine d’informations sur le système judiciaire japonais. Sans artifice, avec une authenticité certaine et flippante, il expose un fait de société pas si anodin.

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Soredemo Boku wa Yattenai propose une critique du système judiciaire japonais à travers la mise en images d’une histoire vraie. Si vous prenez encore le métro en toute insouciance, vous allez vite vous remettre en question après ce film.

Le jour où tout bascule

soredemo boku 1« Pourtant je n’ai rien fait ! ». Voilà le cri de révolte (et la traduction du titre du film) de KANEKO Teppei, un jeune salaryman accusé à tord par une lycéenne de lui avoir mis « la main aux fesses » dans une rame de métro bondée typique des heures de pointe. Teppei est conduit au poste de police, avec obligation d’avouer sa faute pour pouvoir sortir avec un simple blâme inscrit sur son casier judiciaire. Mais le jeune homme, abasourdi par tant d’injustice, réfute cette condamnation et part dans un marasme procédurier pour prouver son innocence, ce qui durera tout de même quelques années…

Car les attouchements sexuels dans les transports sont un véritable fait de société au Japon. Il ne faut bien sûr pas généraliser et coller une image de pervers à tous les Japonais, mais le fait que les procès pour ce genre de délits se soient multipliés il y a quelques années, ainsi que tous les dispositifs de lutte et la sévérité prônée par les forces de l’ordre montrent bien qu’il ne s’agit pas d’actes isolés. Si au Japon il existe des wagons réservés aux femmes lors des heures de pointe, c’est pour éviter au maximum ces incidents.

Un documentaire au cinéma…

soredemo boku 3Le fait est que les fausses accusations se sont aussi multipliées, avec une quasi-systématisation de la condamnation de l’inculpé. Il faut dire que le système judiciaire japonais est assez spécial en comparaison du système français. Car il ne faut pas prouver qu’untel est coupable, mais c’est à l’accusé de prouver son innocence. Alors comment faire admettre que l’on n’a pas fait un geste si furtif ? Là est tout le propos du film. Car le parti-pris de la justice en faveur des victimes ou supposées comme telles (certaines le sont, là encore je ne généralise aucunement) rend de facto la tache bien plus difficile aux avocats de la Défense. L’avocat britannique William Blackstone est l’auteur de l’adage : « mieux vaut 10 coupables en liberté qu’un innocent qui souffre », les autorités japonaises semblent s’assurer du contraire.

Et c’est là qu’arrive Soredemo Boku wa Yattenai. Comme un coup de pied dans la fourmilière, il ose dévoiler les vices de procédure, les témoignages montés de toute pièce pour ne pas faire perdre la face à la police, les « oublis » de preuves, la mauvaise foi devant des démonstrations pourtant irréfutables. Oui ça n’est qu’un film, mais celui-ci reprend avec une telle exactitude les faits et la façon dont s’est déroulée toute l’histoire de ce pauvre homme qui n’avait rien demandé mais qui voit sa vie chamboulée par le simple délire d’autrui, qu’il a carrément changé les mentalités. Depuis la sortie de ce film, on a assisté à une prise de conscience collective. Les Japonais font tout pour éviter ce genre de situations, les hommes particulièrement bien sûr. Il est cocasse de constater que les personnes se tenant debout se tiennent… à deux mains aux barres fixes pour chasser le moindre doute à leur égard.

 

… Mais du cinéma tout de même

soredemo boku 4Concernant le film en lui-même, s’il a des allures de téléfilm, c’est pour garder toute cette authenticité. Un véritable documentaire en somme. Hormis YAKUSHO Kōji, il n’y a aucune tête d’affiche ce qui permet de donner un côté anonyme et général à l’histoire. Pas de tête d’affiches, mais KASE Ryō parvient sans mal à nous entrainer dans sa détresse face au monde qui semble se lier contre lui. Tout au long du film on reste coi devant l’absurdité dont il est victime, et on se demande même comment ça en arrive à de telles proportions. Le film est peut-être un peu long (2h20) et possède quelques longueurs. Mais Soredemo Boku wa Yattenai n’est pas là pour nous divertir, mais pour nous informer. Ce qu’il fait parfaitement. Nous faisant nous interroger sur ce que l’on ferait dans une telle situation, il nous fait même un peu peur. Je l’ai vu il y a maintenant quelques années déjà, et encore aujourd’hui j’y pense régulièrement quand je dois emprunter les transports en commun au Japon. Et vous, prendrez-vous toujours le métro de la même façon ?

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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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