Swallowtail, partez au cœur de Yen Town

2
Pocket

8 Excellent

Swallowtail n'est pas très accueillant de loin, mais dès qu'on pose le pied dedans, c'est pour ne plus jamais s'en détacher. Frais, vivant, joyeux malgré les apparences trompeuses, il nous surprend du début à la fin avec sa distribution excellente et une bande-son au diapason.

  • Note des Utilisateurs (2 Votes) 9.2

Swallowtail est l’une de ces pépites cinématographiques dont regorge le Japon, mais qui restent cachées à jamais faute d’une distribution internationale inexistante. Petit coup d’œil sur le film d’IWAI Shunji sorti en 1996.

Un monde peu fréquentable

swallowtail 3Dans un Japon au futur proche et fictif, le Yen possède une puissance énorme. Il attire les immigrants de tous horizons qui espèrent faire fortune en fuyant la Chine, l’Europe, les États-Unis… En arrivant à Tōkyō, ils découvrent que ce n’est pas si facile. Les femmes doivent vendre leurs charmes pour survivre, les hommes volent et ratissent les décharges, et tous habitent dans des bidons-villes bien éloignés de leur rêve dont la drogue et le meurtre sont des choses quotidiennes. Cette communauté se fait appeler Yen Town (jeu de mot avec « ien tau » qui signifie aussi bien « Capitale du Yen » que « Voleurs de Yens »). Parmi eux, une orpheline japonaise est recueillie par Glico, une prostituée chinoise qui l’intégrera à sa nouvelle « famille » dont fait partie Fei Hong ou Ran, entre autres.

Un soir, un client de Glico meurt alors qu’il tentait d’agresser cette dernière. Sur lui (ou plutôt « dans » lui) est retrouvée une cassette audio de « My Way », qui est en fait un fichier secret permettant de transformer les billets de 1000¥ en 10000¥ pour les échanger ensuite dans les automates servant à faire de petites coupures. Cette combine magique leur permettant de ramasser un maximum d’argent en peu de temps, ils se décident à ouvrir un club de musique, dont Glico devient la star grâce à son timbre de voix particulier. Mais on ne se sépare pas facilement de son identité de Yen Town, d’autant que des personnes peu recommandables semblent très intéressées par la fameuse chanson de Frank Sinatra, et surtout par son « pouvoir »…

CHARA – Swallowtail Butterfly ~ Ai no Uta ~ (thème de Swallowtail, le clip reprenant des images du film)

Tout n’est pas noir

swallowtail 2Expliqué comme ça, Swallowtail (スワロウテイル, aussi appelé Swallowtail Butterfly) sent fort la pauvreté, la crasse, l’immoralité, la déchéance humaine… ce qui est le cas. Un sentiment qui dure environ 12 minutes, le temps de se rendre compte que toute cette misère n’est qu’un arrière-plan donnant une identité très caractérisée à toute une guilde qui, non contente d’accepter son sort, s’en sert comme d’une force pour vivre. Ageha, la jeune japonaise nous sert de porte d’entrée et surtout de guide dans un univers que l’on aurait tout fait pour éviter. J’avoue que je n’aurais moi-même jamais pensé le regarder si on ne m’avait pas offert le DVD, les films sentimentalo-sociaux sur la condition humaine et les inégalités qu’on nous rabâche à longueur de temps pour se donner bonne conscience (on ne fait rien mais on en parle, ouf !) n’étant pas vraiment ma passion première. Et là aucun ton moralisateur ou bienpensant, mais plutôt le même sentiment que pour le film d’animation Tokyo Godfathers. Oui ces gens sont dans la panade, oui la mort rode à chaque coin de rue, oui la drogue est plus facile à se procurer qu’un sandwich au pâté. Mais tous ces gens ne s’apitoient pas sur leur sort, ils acceptent leurs mauvais moments pour profiter à fond des petits bonheurs qu’on leur offre ou qu’ils se procurent (un repas au coin du feu, des moments de détente entre amis…). Même lors de la mort d’un proche (Ageha perd sa mère lors de l’introduction), ils avancent, encore et toujours.

Une belle brochette d’anonymes

swallowtail 5Et puis Swallowtail reste un film japonais, avec tout ce qui en découle d’absurdités géniales. Le mélodrame se mêle à l’humour, la violence extrême à la comédie sentimentale, tout ça dans un melting-pot qui ressemble beaucoup au petit groupe dont on fait maintenant partie. Et avec plaisir, car cette communauté aussi hétéroclite soit-elle (ça parle japonais, anglais et mandarin pendant tout le film) est très plaisante à côtoyer. La chanteuse CHARA qui interprète Glico est une découverte pour moi. Si je connaissais une ou deux de ses compositions, son talent d’actrice éclate totalement avec Swallowtail (elle a d’ailleurs été nommée à la cérémonie des Japanese Academy Awards en 1997), Glico étant une grande sœur dévouée et pleine de vie. Un gâchis qu’elle n’apparaisse pas plus souvent à l’écran, son seul autre fait d’arme au cinéma étant un rôle dans le film PicNic. L’acteur qu’on a pu voir dans le film Parasite Eve MIKAMI Hiroshi est également excellent dans son rôle de trublion insaisissable. Fei Hong est un peu le leader de toute cette bande, celui qui les entraine dans les projets les plus fous, avec plus ou moins de réussite (surtout moins en fait). Mais la véritable révélation est sans conteste ITO Ayumi. Même si je l’avais déjà vue dans All About Lily Chou-Chou ou plus récemment dans l’adaptation de Gantz, son personnage d’Ageha est assez intrigant, et même fascinant. Semblant totalement détachée de ce qui l’entoure, l’adolescente de 16 ans s’affirme au fil du film, pour en devenir le personnage principal dans le dernier acte. Parfois effacée, parfois au cœur de l’action, elle joue tout en nuance, sans perdre à aucun moment sa cohérence. Son personnage a subi un choc émotionnel dès le départ, et on sent tout le poids de ce fardeau qu’elle supporte. Plus dans la résignation que dans la tristesse, elle vivote au départ, puis se développe au contact du Yen Town. Une réussite.

Beaucoup de choses à raconter sur ce film rempli de joies, de peines, de trésors, de coups de théâtre, d’aberrations, de folie, qui se ressentent également à travers la réalisation peu conventionnelle. Si le film dure tout de même 2h28, on ne ressent à aucun moment de lassitude ou de moments plus faibles. La bande-son de qualité (merci KOBAYASHI Takeshi et CHARA) étant au niveau, on passe un agréable moment alors qu’on pensait se faire du mal.

swallowtail 4

À qui s’adresse Swallowtail : à un public averti (moins de 12 ans, s’abstenir), et qui souhaite passer une bonne soirée en Enfer.

Partager.

À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

2 commentaires

Laisser un message