Tokyo Daikushu, la guerre dans toute sa noirceur

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9 Immanquable

Un véritable choc que ce Tokyo Daikushu. Sous couvert de téléfilm historique, il nous plonge en pleine terreur à travers l'un des innombrables drames de la Seconde Guerre Mondiale. Avec son casting digne d'un block-buster et sa narration sans compromis, ce drama est à montrer dans toutes les écoles.

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En cette période « festive » du 15 août et du 70ème anniversaire du début de la Seconde Guerre Mondiale, nous allons rester dans la thématique avec la présentation aujourd’hui du drama Tokyo Daikushu.

La guerre de l’autre côté

Tokyo DaikushuPrenant la forme d’un téléfilm en 2 parties diffusées en 2008 par la chaine Nippon TELEBI, Tokyo Daikushu (東京大空襲« la grande attaque aérienne de Tōkyō ») relate l’attaque et la destruction complète de Tōkyō par les bombardiers américains en 1945. Mais sans traiter un contexte que l’on connait déjà par cœur, le téléfilm prend plutôt le parti de se focaliser sur la population Tokyoïte.

En 1942, Sakuragi Kikuo est tué suite à un raid aérien sous les yeux de sa fille, Haruko. Essayant de sauver son père alors qu’il est déjà trop tard, elle est stoppée dans sa folie par Oba Hiroto, qu’elle tient dès lors pour responsable de la mort de Kikuo. 2 ans plus tard, Haruko est devenue infirmière dans un hôpital, alors que la guerre bat son plein. C’est alors qu’arrive blessé Hiroto, atteint d’insuffisance cardiaque. Pendant sa convalescence, les deux jeunes gens se rapprochent et finissent par s’aimer. Mais le contexte difficile et l’attaque de grande envergure qui se prépare sur Tōkyō ne rend pas les choses si idylliques. À travers ce couple mais aussi de leurs familles/amis/collègues/compagnons de fortune, le récit historique prend corps pour nous raconter sans détour l’horreur de la guerre.

Instructive infamie

Tokyo DaikushuTokyo Daikushu n’est pas qu’un énième film de guerre. De notre point de vue occidental, on n’a pas vraiment l’habitude de voir ce qu’il se passait ailleurs qu’en Europe, hormis avec les Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood ou Le Tombeau des Lucioles des studios Ghibli. Je force évidemment le trait, mais peu de films nous racontant les souffrances de « l’autre camp » nous parviennent. Tokyo Daikushu, qui n’atteindra lui non plus jamais nos frontières, met en images l’anéantissement de la capitale japonaise et de ses habitants. En suivant le destin de certains de ses habitants au lieu d’en faire une vue globale, on nous place nous spectateurs au plus près de l’horreur. Point d’héroïsme cinématographique, de fin heureuse ou de miracles futiles, le drama ne fait aucune concession pour nous décrire autant que faire se peut la terreur qu’ont endurée ces pauvres gens.

tout cela n’est pas que fiction

Il est d’ailleurs à signaler qu’il est rare qu’un film/téléfilm japonais aille aussi loin dans la violence des images (je ne parle pas des films gores où la violence est tellement poussée qu’elle en devient absurde et finalement dédramatisée). Si les effets spéciaux sommaires nous évitent les membres arrachés et les corps en décomposition, ils sont suffisamment explicites pour donner froid dans le dos. On pourrait presque y voir une métaphore, une image assez puissante pour nous tirer les larmes par gallons. Certaines images d’archives sont aussi utilisées, les données historiques distillées (notamment le nombre de morts, de B29 envoyés raser la ville…) tout au long du téléfilm nous rappelant malheureusement que tout cela n’est pas que fiction. Le sort subi par les coréens au Japon n’est lui non plus pas passé sous silence, aucun parti pris n’étant tenu. Seuls les faits comptent, aussi cruels soient-ils.

Des victimes prestigieuses

Pas de concessions non plus dans la narration, avec la mort de familles entières, femmes, enfants, bébés. La distribution est à ce point remarquable et sert tout à fait le propos. Quand SATO Jiro (Yuusha Yoshihiko) apparait à l’écran, on ne se doute pas qu’il va mourir une minute plus tard. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, c’est comme ça pendant 4h que dure le tanpatsu. Pour parler de la distribution justement, HORIKITA Maki est comme toujours impeccable. Avec ses airs de femme-enfant, son regard résume à lui seul toute l’atrocité de la guerre. La douleur qu’elle arrive à exprimer tranche tellement avec ses rôles tenus dans Hanazakari no Kimitachi e, Atashinchi no Danshi! Elle est d’une maturité incroyable, et nous retourne le cœur d’un sourire, ou d’une larme. Pour l’accompagner dans son cauchemar, FUJIWARA Tatsuya que l’on connait surtout en France pour son personnage de Shuya dans Battle Royale ou de Light Yagami dans Death Note fait le boulot avec conviction. S’il essaye de se montrer fort autant que possible, sa condition fragile apparait en filigrane tout au long du film. Pas facile à tenir, il y arrive jusqu’au bout.

Les autres personnages campés par Eita (Nodame Cantabile, Unfair), KISHITANI Goro (Crows ZERO, Samurai High School), KUNINAKA Ryoko (Hotaru no Hikari, Kekkon Dekinai Otoko), MAYA Miki (Attention Please, Zettai Kareshi) ou encore la petite nouvelle ARAKAWA Chika ne sont pas moins importants, et servent le propos efficacement. Sans jamais se mettre en avant, ils subissent eux aussi de plein fouet la cruauté de la guerre.

Tokyo Daikushu

Si vous vous trouvez de trop bonne humeur ces derniers temps, Tokyo Daikushu saura vous remettre la tête dans le sac. Sous couvert de film historique, il nous plonge dans l’angoisse et la laideur de la guerre. La musique choisie est parfois maladroite et le démarrage un peu long, mais cela ne saurait ternir le tableau. À visionner absolument, même s’il faut avoir le cœur bien accroché.

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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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