The Friends of Ringo Ishikawa, c’est l’histoire d’un mec

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The Friends of Ringo Ishikawa se veut plus comme un (court) simulateur de vie au Japon dans laquelle vous vous retrouvez dans la peau d'un jeune voyou aux multiples problèmes, ceux du quotidien comme de sa condition de chef de bande. Dans un petit monde fascinant de beauté et de poésie s'attaquant à tous vos sens, Yeo donne vie à un jeu d'une profondeur insoupçonnée.

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The Friends of Ringo Ishikawa profite d’une sortie sur Nintendo Switch pour enfin obtenir la visibilité qu’il mérite. Retour sur un petit chef-d’œuvre indépendant qui se vit plus qu’il ne se raconte.

Je n’ai pas le temps !

Ringo Ishikawa

Ringo Ishikawa et ses amis sont tout d’abord apparus sur Steam en mai 2018. Mais face au raz-de-marée des jeux indépendants disponibles sur la célèbre plate-forme de jeu, difficile de se faire une place lorsqu’on est une petite production réalisée quasiment intégralement par le seul Yeo. Basé en Russie d’après son Twitter, je n’ai malheureusement pas trouvé de plus amples informations concernant ce créateur de talent. Car pour donner vie à cet univers, il en fallait pas mal.

The Friends of Ringo Ishikawa (FRI) nous met dans la peau de Ringo, un jeune lycéen en échec scolaire et chef de gang Furyo (les « voyous japonais »). Le proviseur lui accorde une dernière chance pour obtenir son diplôme de fin d’étude et peut-être sauver un futur qui ne s’annonce pas des plus radieux. Pour cela, Ringo doit être assidu dans les études, tout en gérant ses obligations de chef et ne pas perdre la « guerre des gangs » face aux autres écoles, pointer régulièrement à son travail pour amasser rapidement quelques yens toujours bienvenus ne serait-ce que pour acheter ses cigarettes, se garder une place pour se loisirs, sans oublier son sommeil, ses repas, la relation avec ses camarades… Et c’est là tout le génie du jeu.

Car si la scène d’ouverture commence par une scène dans un train où vous distribuez des parpaings dans une belle foire d’empoigne, vous avez par la suite tout le loisir de mener « votre vie » comme vous l’entendez. Il y aura bien 2-3 moments imposés où vous devrez sortir la boîte à gifles, mais pour le reste c’est à la carte. Le jeu se déroule en suivant un cycle jour/nuit avec un ratio de 10 minutes écoulées en jeu pour 10 secondes de temps réel, avec les contraintes que cela implique (vous ne pouvez pas entrer en cours après 9h le matin, ou le dimanche, faire vos emplettes au supermarché en pleine nuit…). Le jeu lancera parfois quelques scripts pour faire avancer un scénario tout de même important (et accompagné d’une traduction française intégrale), mais jamais envahissant. Bien sûr dormir, étudier, travailler fera passer le temps bien plus vite.

Vis ma vie de voyou

Dans FRI, chacun avance à son propre rythme. Pour ma part, j’ai tout de même basé ma routine sur la castagne -le plus drôle, il faut l’avouer-  avec les groupes adverses qui m’agressaient parfois (ou que je décidais d’agresser). Attaquant rarement seuls, il valait mieux au préalable faire appel à mes amis qui trainaient la plupart du temps sur le toit de l’école ou dans un bar. Soit je remportais le combat et je gagnais de l’expérience servant à augmenter mes aptitudes physiques ainsi que la possibilité de détrousser les losers, soit je perdais et c’était retour à la maison avec pour pénalité l’avancée du temps qui m’empêchait donc d’être à l’heure à mon travail ou à mon cours de karaté. Le combat étant quand même le cœur du jeu, il y a beaucoup d’améliorations possibles, l’apprentissage de nouveaux enchaînements avec la présence de clubs de sports et autres surprises avec toujours cette astreinte de la ponctualité.

Malgré cela, j’ai tout de même eu largement le temps de diversifier mes activités en allant chaque jour à l’école (permettant d’obtenir de meilleures notes lors des tests du samedi et donc une bourse d’étude), de travailler pour acheter de quoi m’amuser (table de ping-pong, télévision, jeu vidéo, livres, billard, poker), me sustenter (du sandwich aux ramens, en passant par les éternels sushis, des glaces, du café, du soda….), rendre visite aux amis ou tout simplement me balader.

Le Guide du Loubard

Car au-delà son côté ludique, le gros point fort de FRI est son invitation dans un Japon à la réalisation minimaliste et pourtant magnifique. Son aspect graphique bardé de pixels grossiers laisse dubitatif au départ, pour ne plus y penser une fois les 5 premières minutes passées. L’impression de se promener dans un manga d’ADACHI Mitsuru ou de TANIGUCHI Jirô n’a jamais été aussi forte, le sentiment de flâner dans les décors de L’Été de Kikujiro n’a jamais été aussi prégnant qu’ici. Et pour une fois, on évite le sempiternel Tôkyô, finalement peu représentatif du Japon « vrai ». Si la ville est tout de même restreinte (permettant de retenir les multiples points d’intérêt sans avoir recours à une carte), elle n’est pas dénuée d’hétérogénéité pour autant avec ses quartiers résidentiels, son lycée, ses commerces, son parc, ses champs, sa gare, ses routes, ses ponts, sa mer, sa forêt, sa rivière… Ajoutez à cela le cycle jour/nuit avec un travail fantastique sur les lumières selon l’heure, et vous obtenez un tableau enchanteur à chaque écran.  Yeo est d’ailleurs conscient de son travail, et nous laisse admirer tout son petit monde avec Ringo qui peut se poser sur un banc pour fumer tranquillement sa clope, s’accouder à son balcon pour regarder 2 gangs rivaux se tirer la bourre, ou s’asseoir sur la jetée en passant le temps à jeter des cailloux. Ces nombreuses petites animations, souvent inutiles concernant le gameplay, se montrent indispensables à l’ambiance générale. La bande-son principalement composée par Anitek (un américain versé dans le trip-hop), là encore loin des clichés japonisants, nous inciterait presque à placer le jeu en fond d’écran lors d’une soirée cocooning.

Yeo a aussi grandement travaillé sur ses personnages. Ringo est un jeune homme désabusé, sans avenir réfléchi, mais possédant un code d’honneur qui amène d’ailleurs une fin mémorable. Le titre met en exergue ce code faisant passer ses amis avant lui, pour qui il risquerait tout, peu importe les conséquences. Amis qui sont aussi très développés et très différents (le boxeur semi-pro, le mec qui ne pense qu’aux filles, le lieutenant dévoué…). C’est très caractéristique des mangas/films Furyo mettant en scène cet univers. Ringo est une copie quasi-conforme à Tyson Maeda, le héros de Racaille Blues, un garçon pas forcément mauvais mais avec ses propres règles, un peu en marge de la société, et qui ne se prive jamais d’une bonne bagarre. On y retrouve bon nombre d’ingrédients classiques au genre comme la guerre entre les différends lycées (comme dans Crow), les élèves à problèmes (GTO ou Gokusen), ou tout simplement l’amitié qui lie chaque membre du groupe face à l’adversité (Rookies…). Tout un monde qui trouve enfin l’adaptation vidéoludique qu’elle mérite.

Court mais intense, mais court

Ringo Ishikawa

Le jeu en lui-même n’est pas exempt de défauts que je me dois tout de même d’énoncer. Le premier est sa durée de vie un peu faible. Si le jeu se termine en 6h environ avec tout même la possibilité de refaire un run et y jouer différemment dans le but de découvrir de nouvelles scénettes, la routine s’installe après 3h de jeu. J’ai fait le jeu en moins d’une semaine, mais le bon rythme est plutôt d’y jouer 15-20 minutes à chaque partie, en faire un rendez-vous quotidien avant de se coucher par exemple pour que ce défaut ne vous saute pas aux yeux. Il m’a légèrement terni l’expérience générale, et le regrette donc un peu. Ce défaut est tout de même atténué par son prix doux, 15€ sur l’eShop français.

Le jeu est également parsemé de bugs parfois marrants (des personnages qui marchent sur un plan différent et qui semblent voler), parfois embêtants (le héros qui est bloqué dans le décor, la musique qui ne se lance pas au démarrage) et qui forcent à relancer le jeu. Une mise à jour vient d’arriver, mais quant à savoir si elle règle tous les problèmes, je ne peux le garantir.

Ringo Ishikawa

Ces petits désagréments ne sauraient remettre en cause le coup de cœur que j’ai eu pour The Friends of Ringo Ishikawa. Chacun peut tracer son propre chemin, chacun peut y vivre les choses à sa façon. Mais chacun devrait profiter de quelques semaines de vacances auprès de Ringo et ses potes.

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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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