WATANABE Ken face à Godzilla

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Godzilla… En France ou même en Occident en général, on le connait surtout pour la version plutôt moyenne du film de Roland Emmerich sorti en 1998 (avec Matthew Broderick et Jean Réno). Alors quand on voit arriver un nouveau film reprenant le lézard pour commémorer ses 60 ans d’existence avec la star japonaise WATANABE Ken pour l’accompagner, pourquoi se méfier ?

Et là, c’est le drame

Godzilla 1Et bien tout simplement car les américains ont décidé de s’approprier le mastodonte pour en faire un film d’une médiocrité affligeante. Depuis des années, Hollywood nous abreuve de « films catastrophes ». Les Twister, Armaggedon, Volcano, Prédictions, 2012, La Guerre des Mondes, Le Jour d’Après… sont tous basés sur le même schéma, reprenant d’un bout à l’autre les mêmes ingrédients encore, et encore, et encore. Les premières fois, cela passait plutôt bien et on trouvait même cela divertissant. Mais il y a un moment où on se rend compte qu’ils VENDENT un produit de consommation courante et surtout jetable. On regarde ça, on sort de la salle, et on ne pense plus jamais à la broyeuse de cerveau dans laquelle on vient de passer plus de deux heures. Alors quand un trésor national (je ne dis pas ça à la légère) est détruit et galvaudé comme une vulgaire adaptation d’un roman de gare, ça fait beaucoup de peine.

« la tentation de sortir de la salle »

Ils ont pourtant fait un semblant d’effort en se rapprochant beaucoup des versions originales japonaises, avec un Godzilla (au design très proche de celle imaginée au départ par le studio Toho) venu sauver l’Humanité face à des Muto qui ressemblent beaucoup à des EVA (du manga/anime Evangelion). Ils ont aussi sous-entendu une coproduction avec le Japon, et mis plusieurs têtes d’affiches comme Juliette Binoche, Bryan Cranston ou encore la grande star nippone WATANABE Ken. Avec un budget de 160M$, on pouvait espérer quelque chose de plus consistant que du démolissage en règle des plus grandes villes mondiales (Transformers, Avengers, Man of Steel le faisaient déjà avec talent), des personnages vus et revus (le héros militaire qui est relié de près à toute cette histoire par son père qui avait tout deviné depuis le début, la dame du héros naïve et jolie, le professeur qui donne toutes les explications pour nous éviter de voir le tas d’incohérences…) et une faible trame scénaristique coupée à la hache avec des ellipses malvenues qui rajoutent à la tentation de sortir de la salle pour quitter un film dont on connait déjà la fin puisque c’est encore une fois la même depuis bon nombre d’années. Ce film ne pourra plus être sauvé de son insuffisance à tous les niveaux. Le final aurait pu nous donner un petit sourire, mais c’est tellement mal filmé que ça ne fait que rajouter à notre frustration.

WATANABE Ken, victime du naufrage

Godzilla 5Même s’il ne s’agit que de cinéma, j’ose le mot « trahison » quand à l’évocation de ce machin dans lequel WATANABE Ken semble errer d’un bout à l’autre comme le fait son personnage. Le docteur Serizawa se devait d’être un clin d’œil puisque il est issu du premier long-métrage datant de 1954, il n’est qu’un personnage sans consistance (mais comment pourrait-il en être autrement avec 4 phrases prononcées alors qu’il a un rôle central ?). Voir un acteur de ce niveau servir de caution pour vendre le film comme une alliance est assez triste.

« ce Godzilla ne mérite pas un tel talent »

WATANABE Ken (渡辺 謙) a pourtant une carrière bien remplie derrière lui, et est l’un des rares acteurs à avoir une renommée aussi importante aux États-Unis et donc dans le monde. Né le 21 Octobre 1959, il débute sa carrière d’acteur en 1978 dans une troupe basée à Tōkyō et se fait rapidement remarquer dans son rôle de samourai dans le drama « Mibu no Koiuta » en 1983. Il faut dire que sa taille atypique pour un japonais (1,84m) lui permet de donner de la prestance à ce genre de rôle qu’il va enchainer par la suite, jusqu’à obtenir une véritable reconnaissance nationale pour le drama Dokuganryū Masamune. Malheureusement, il est atteint d’une leucémie en 1989 qui le prive des plateaux quelques années, même s’il a pu concilier sa carrière et son traitement pendant 2 ans. En 1998 il retourne enfin aux affaires dans le film Kizuna qui lui vaut une nomination aux Japanese Academy Awards en tant que meilleur second rôle.

Un acteur incontournable

Godzilla 4En 2003, Le Dernier Samouraï marque un véritable tournant de sa vie artistique. Son rôle en tant que Katsumoto Moritsugu lui ouvre les portes internationale, avec des rôles importants dans Mémoires d’une Geisha, Batman Begins, Lettres D’Iwo Jima, ou encore Inception. Cela ne l’empêche pas de continuer sa carrière japonaise avec les films Ashita no Kioku, Shizumanu Taiyou, Hayabusa : Haruka naru Kikan ou encore dernièrement Yurusarezaru Mono, ou encore les dramas Hoshi Hitotsu no Yoru, Toomawari no Ame, Ai-Inochi. Sans évoquer ses nombreuses participations aux spots de publicité (NTT Docomo, Suzuki, Suntori…) qui montrent la grande popularité dont il jouit auprès des Japonais. Sa fille Anne semble d’ailleurs suivre les traces de son père, même si elle se cantonne uniquement aux productions japonaises pour le moment, en parallèle de sa carrière de mannequin.

Tout ça pour dire que ce Godzilla ne mérite pas un tel talent. Il s’en remettra bien sûr sans heurt, mais pas sûr que cela se passe aussi bien pour notre cerveau après le passage dévastateur du monstre sacré. Je vous présenterai dans un prochain article la naissance de Godzilla et toute la mythologie qu’il aura générée de part sa longévité formidable, bien loin de se résumer par ce nouveau blockbuster dont on se serait passé volontiers.

Godzilla 2

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À propos de l'Auteur

Administrateur du site "japonpratique.com". Ayant un amour incommensurable pour ce pays et ses habitants depuis tout petit, je partagerai ma passion à travers de nombreux articles sur le cinéma, la musique, la littérature, les mangas, les dramas ou encore les jeux vidéo.

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